Movember en entreprise : comment organiser une action utile

Une action Movember en entreprise peut ouvrir la parole sur la santé des hommes et orienter vers les interlocuteurs légitimes. Elle ne doit pas inciter au dépistage du cancer de la prostate : la Haute Autorité de santé ne recommande pas le dosage systématique du PSA, et une invitation collective à se faire dépister va à l'encontre de la décision partagée que les autorités préconisent. Cette erreur est fréquente, y compris chez des acteurs institutionnels de la santé au travail.
Quel est l'objet réel de la campagne Movember ?
Movember est une campagne internationale de sensibilisation et de collecte de fonds sur la santé masculine, née en Australie en 2003, dont le mois de référence est novembre. Elle porte sur plusieurs sujets, dont les cancers masculins et la santé mentale.
Une entreprise qui reprend la campagne n'est pas tenue d'en reprendre tous les volets. Le volet santé mentale, en particulier, demande des compétences et un cadre que la plupart des actions de novembre n'ont pas, et Vipali ne le traite pas dans ce cadre.
L'erreur à ne pas commettre : inciter au dépistage de la prostate
C'est l'erreur la plus répandue et la plus facile à éviter. La Haute Autorité de santé ne recommande pas la mise en place d'un dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA, ni en population générale, ni chez les hommes à facteurs de risque (Haute Autorité de santé, 2012 et 2013, France).
Une action d'entreprise qui invite collectivement des hommes asymptomatiques à se faire dépister diffuse donc un message contraire à la position de l'autorité sanitaire française. Le message conforme consiste à orienter vers le médecin traitant et vers la brochure d'information produite par l'Institut national du cancer et le Collège de la médecine générale.
Que peut faire une action de novembre ?
Trois objectifs sont atteignables et vérifiables à l'échelle d'une entreprise.
Rendre visible le service de prévention et de santé au travail, et rappeler la périodicité des visites auxquelles les salariés ont droit.
Faire connaître les programmes de dépistage qui, eux, sont organisés en France : cancer colorectal de 50 à 74 ans, et cancer du poumon selon les dispositifs en cours.
Ouvrir la parole sur le rapport des hommes au recours aux soins, sujet documenté par les statistiques publiques et qui ne relève ni du diagnostic ni du traitement.
Quels indicateurs suivre ?
Les indicateurs utiles portent sur l'exposition et sur la structure, jamais sur un effet sanitaire que vous ne pouvez pas mesurer.
Taux de participation à l'action, rapporté à la population masculine de l'effectif.
Nombre de sollicitations du service de prévention et de santé au travail dans les six semaines suivantes.
Existence, avant novembre, d'une procédure connue des managers sur les arrêts longs et l'aménagement de poste.
Aucun de ces trois indicateurs ne mesure la santé de vos salariés. Ils mesurent si votre organisation a fait ce qui dépendait d'elle, et c'est la seule chose que vous puissiez honnêtement revendiquer.
Comment éviter que l'action reste un symbole ?
En la reliant à une décision qui survit au 30 novembre. Une moustache et une collecte de fonds ne modifient aucune contrainte organisationnelle. Une procédure écrite d'aménagement de poste, une visite de prévention effectivement planifiée ou un créneau de consultation ouvert modifient quelque chose.
Le test est simple : demandez-vous ce qui subsistera de l'action au 1er décembre. Si la réponse est aucun élément, l'action est une opération de communication, ce qui peut se défendre, mais qui ne doit pas être présenté comme de la prévention.
Ce que les données ne disent pas sur les actions Movember en entreprise
Aucune étude française n'évalue l'effet des actions Movember en entreprise sur le recours aux soins ou sur la santé des salariés. L'absence de donnée n'est pas une preuve d'inefficacité, mais elle interdit d'annoncer un résultat chiffré.
Les chiffres qui circulent dans les contenus commerciaux sur ce sujet, notamment des multiplicateurs d'engagement, ne sont adossés à aucune publication vérifiable. Nous ne les reprenons pas.
Enfin, ce que produit une campagne de sensibilisation dépend fortement du contexte de l'entreprise. Ce qui fonctionne dans une organisation où la parole circule déjà ne se transpose pas à une organisation où elle ne circule pas.
À retenir
La Haute Autorité de santé ne recommande pas le dépistage systématique du cancer de la prostate : une action d'entreprise ne doit pas y inciter collectivement.
Les objectifs atteignables sont la visibilité du service de prévention et de santé au travail, l'information sur les dépistages réellement organisés, et l'ouverture de la parole.
Le test de sérieux d'une action de novembre est ce qu'il en subsiste au 1er décembre.
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Sources
Haute Autorité de santé, Détection précoce du cancer de la prostate, référentiel de pratiques de l'examen périodique de santé, 8 octobre 2013. https://www.has-sante.fr/jcms/c_1623737/fr/detection-precoce-du-cancer-de-la-prostate
Assurance maladie, Dépistage du cancer de la prostate, mémo destiné aux médecins. https://www.ameli.fr/medecin/exercice-liberal/memos/cancers/depistage-prevention/depistage-cancer-prostate
Institut national du cancer, Les dépistages organisés en France. https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/se-faire-depister/les-depistages





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