Rentrée scolaire : la charge mentale des parents qui travaillent
- Neïl Aloulou

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture

La charge mentale de la rentrée désigne le travail d'anticipation et de coordination que suppose la reprise scolaire : inscriptions, fournitures, activités, rendez-vous, garde. Ce travail est réel, il est inégalement réparti, et il est mal mesuré. Les chiffres français les plus cités sur ce sujet datent de l'enquête Emploi du temps 2009-2010 de l'Insee, la dernière édition entièrement publiée à ce jour. Savoir cela change la façon de lire tout ce que vous lirez en septembre.
Que mesure-t-on quand on parle de charge mentale ?
La charge mentale recouvre deux choses distinctes. La première est le temps passé à des tâches domestiques et parentales, qui se mesure par carnet d'activités. La seconde est la responsabilité d'anticiper et de coordonner ces tâches, qui ne se mesure pas de la même façon et échappe largement aux carnets.
Cette distinction n'est pas académique. Un partage égal du temps passé peut coexister avec un partage très inégal de la responsabilité d'anticiper. Les enquêtes de l'Insee saisissent bien le premier terme, et beaucoup moins le second.
Que dit l'Insee sur le partage du travail domestique ?
L'écart mesuré est important et se réduit lentement. Selon l'enquête Emploi du temps de l'Insee, le temps quotidien moyen consacré au travail domestique par les femmes en emploi est passé de 3 heures 48 en 1999 à 3 heures 26 en 2010, celui des hommes en emploi restant nettement inférieur (France métropolitaine, enquêtes Emploi du temps 1998-1999 et 2009-2010).
Les travaux de l'Insee sur vingt-cinq ans montrent également un déplacement du temps domestique vers le temps parental, pour les deux parents. Autrement dit, on consacre moins de temps au ménage et plus de temps aux enfants qu'en 1985. La rentrée concentre ce temps parental sur quelques semaines.
Pourquoi les chiffres de septembre sont-ils tous les mêmes ?
Parce qu'ils viennent tous de la même source, et qu'elle a quinze ans. L'enquête Emploi du temps de l'Insee est la référence française sur le partage des tâches, et sa dernière édition entièrement publiée porte sur 2009-2010. Une nouvelle édition est en cours, mais ses résultats ne sont pas encore diffusés.
Cela veut dire deux choses. D'abord, un contenu qui présente ces répartitions comme la situation actuelle sans mentionner l'année de collecte vous induit en erreur. Ensuite, personne ne peut affirmer aujourd'hui, données à l'appui, que l'écart s'est creusé ou résorbé depuis 2010. Les deux affirmations sont invérifiables en l'état.
Ce qu'un employeur peut faire au moment de la rentrée
Les leviers utiles sont organisationnels et se décident avant la première semaine de septembre. Ils ne portent pas sur le ressenti des salariés, mais sur la structure des contraintes.
Ouvrir la souplesse horaire sur la première quinzaine de septembre, période où les horaires scolaires et périscolaires ne sont pas encore stabilisés.
Éviter de placer les réunions structurantes et les lancements de projet sur les deux premières semaines de septembre.
Rendre visibles les dispositifs déjà existants, congés pour enfant malade, aménagement d'horaires, jours enfants. Beaucoup de salariés ne les connaissent pas.
Ne pas confondre l'action de communication et l'action réelle. Une affiche sur la charge mentale ne modifie aucune contrainte.
Ce que le parent salarié peut arbitrer lui-même
Le seul arbitrage à fort effet consiste à transférer des responsabilités entières, pas des tâches isolées. Confier la totalité d'un domaine, des inscriptions au suivi, décharge de l'anticipation. Confier une tâche ponctuelle ne décharge que de son exécution, et laisse intacte la partie invisible.
Le second arbitrage consiste à concentrer les démarches administratives de rentrée sur un créneau unique plutôt que de les disperser. Cette recommandation relève de l'organisation, pas d'un résultat scientifique, et nous ne la présentons pas autrement.
Ce que les données ne disent pas sur la charge mentale
La charge mentale, entendue comme charge d'anticipation, n'est pas directement mesurée par les enquêtes Emploi du temps. Ces enquêtes enregistrent des activités successives dans un carnet. La gestion mentale du quotidien, la surveillance passive et les activités simultanées y sont mal captées. Les chiffres disponibles décrivent donc le temps, pas la charge.
Aucune étude française ne permet d'affirmer que la charge mentale augmente au moment de la rentrée scolaire. C'est plausible et cohérent avec la concentration des démarches, mais cela n'a pas été mesuré.
Enfin, les écarts observés entre femmes et hommes sont des moyennes de population. Ils ne décrivent aucun foyer en particulier, et ils ne disent rien des causes.
À retenir
Les chiffres français sur le partage des tâches proviennent de l'enquête Emploi du temps de l'Insee, dont la dernière édition entièrement publiée porte sur 2009-2010.
Le temps quotidien de travail domestique des femmes en emploi est passé de 3 heures 48 en 1999 à 3 heures 26 en 2010 (Insee, France métropolitaine).
Transférer une responsabilité entière décharge de l'anticipation, transférer une tâche ponctuelle ne décharge que de son exécution.
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Sources
Insee, enquêtes Emploi du temps 1998-1999 et 2009-2010, France métropolitaine. Données détaillées de l'enquête Emploi du temps 2009-2010, Insee Résultats n° 130 Société, juin 2012.
Champagne C., Pailhé A., Solaz A., Le temps domestique et parental des hommes et des femmes : quels facteurs d'évolutions en 25 ans ?, Économie et Statistique n° 478-479-480, Insee, 2015. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1303232?sommaire=1303240
Insee, Depuis 11 ans, moins de tâches ménagères, plus d'Internet, Insee Première n° 1377, novembre 2011.




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