top of page

Qu'est-ce que le stress au travail et quels sont ses effets ?

13 août
6 min de lecture
Un homme assis dans un bureau type open-space qui se tient la tête avec les deux mains en signe de stress


Le stress au travail désigne un déséquilibre ressenti entre ce qu'une situation professionnelle exige et les ressources dont une personne dispose pour y répondre. C'est la définition retenue par l'INRS dans son dossier mis à jour en juin 2023. Cette définition écarte l'opposition courante entre bon stress et mauvais stress, que l'INRS présente comme dépourvue de fondement scientifique.


La distinction utile sépare le stress aigu, ponctuel, dont les manifestations cessent peu après la situation, et le stress chronique, installé dans la durée, dont les effets sur la santé sont toujours négatifs.



Que signifie exactement le stress au travail ?

Le stress au travail se définit par un écart, pas par une émotion. L'INRS le décrit comme la situation où une personne ressent un déséquilibre entre ce qu'on lui demande de faire dans le cadre professionnel et les ressources dont elle dispose pour y répondre (INRS, dossier Stress au travail, mis à jour le 7 juin 2023).


Cette formulation a une conséquence pratique. Le stress ne se mesure pas à la difficulté objective d'une tâche, mais au rapport entre cette difficulté et les moyens disponibles : temps, information, compétences, soutien, marge de décision. Deux personnes exposées à la même charge de travail ne sont donc pas exposées au même niveau de stress si leurs ressources diffèrent.


Cette définition écarte aussi une lecture répandue selon laquelle le stress traduirait une fragilité individuelle. L'INRS indique que les manifestations de stress dans l'entreprise sont parfois attribuées uniquement à la fragilité ou à l'inadaptation au poste de certains salariés, et que la recherche des liens avec le contexte professionnel reste prioritaire.



Existe-t-il un bon stress et un mauvais stress ?

Non, et c'est l'un des points où la plupart des contenus français se trompent. L'INRS écrit qu'il n'existe scientifiquement ni bon ni mauvais stress, mais une réponse d'adaptation de l'organisme rendue nécessaire par les changements de l'environnement (INRS, mis à jour le 7 juin 2023).


L'idée du bon stress motivant est si répandue que l'INRS lui consacre une affiche de sa série sur les idées reçues, intitulée « Un peu de stress, c'est motivant ». La distinction pertinente porte ailleurs : sur la durée.


Stress aigu

Stress chronique

Déclencheur

Menace ou enjeu ponctuel : prise de parole, changement de poste, imprévu

Situation qui s'installe : la demande excède les capacités tous les jours

Durée des symptômes

Cessent peu après la fin de la situation

Persistent tant que la situation dure

Effets sur la santé

Réponse d'adaptation normale

Toujours néfastes, selon l'INRS

Levier d'action

Individuel, ponctuel

Organisation du travail


Cette lecture change la question à se poser. Il ne s'agit pas de savoir si votre stress est du bon ou du mauvais type, mais depuis combien de temps il dure.



Quels facteurs de travail provoquent du stress ?

Les facteurs de stress au travail sont regroupés en six grandes familles, identiques aux facteurs de risques psychosociaux. Cette classification vient du rapport du collège d'expertise dirigé par Michel Gollac et Marceline Bodier, remis au ministère du Travail en 2011, et elle est reprise telle quelle par l'INRS.

Famille

Exemples cités par l'INRS

Intensité et temps de travail

Exigences excessives, complexité, difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle

Exigences émotionnelles

Tensions avec le public, obligation de cacher ses émotions

Manque d'autonomie

Procédures trop rigides, sous-utilisation des compétences

Rapports sociaux dégradés

Conflits avec les collègues ou l'encadrement, manque de reconnaissance

Conflits de valeurs

Devoir faire des choses que l'on désapprouve, ne pas avoir les moyens de bien faire son travail

Insécurité de la situation de travail

Peur de perdre son emploi, incertitude sur l'avenir du métier


Ces six familles ont un point commun : aucune ne relève de la personnalité du salarié. Elles décrivent des caractéristiques de l'organisation du travail. C'est ce qui explique pourquoi la prévention recommandée par l'INRS porte en priorité sur le travail et son organisation, et non sur les symptômes.



Quels effets du stress chronique sur la santé ?

Le stress chronique est associé à une augmentation du risque de maladie coronarienne, d'ampleur faible mais constante. La méta-analyse du consortium IPD-Work, publiée dans The Lancet en 2012, a réuni les données individuelles de 197 473 personnes issues de 13 cohortes européennes suivies entre 1985 et 2006, pour 2 358 événements coronariens observés. Les auteurs concluent que le job strain, défini comme la combinaison de fortes exigences et d'une faible latitude de décision, est associé à une hausse faible mais cohérente du risque d'événement coronarien.


Le terme employé compte. Il s'agit d'une association observée dans des cohortes prospectives, pas d'une relation de cause à effet démontrée par essai contrôlé. Les auteurs précisent que l'ajustement sur le mode de vie, les facteurs de risque classiques, l'âge, le sexe et le statut socioéconomique ne fait pas disparaître l'association.

Sur le versant du sommeil, le lien est plus directement perceptible au quotidien. Vipali a consacré un article distinct à la question de la fatigue persistante malgré une nuit de huit heures.



Quelles méthodes de gestion du stress ont été évaluées ?

Les interventions individuelles sont celles dont l'efficacité est la mieux documentée, et ce résultat mérite d'être lu avec prudence. Une revue des revues publiée dans le Journal of Environmental and Public Health en 2012 a rassemblé 23 revues systématiques, couvrant 499 études primaires parues entre 1990 et juillet 2011, dont 11 méta-analyses.


Ses conclusions tiennent en trois points. Les interventions individuelles, notamment les programmes d'inspiration cognitive et comportementale, produisent les effets mesurés les plus importants sur la santé mentale des personnes. Les interventions organisationnelles montrent des résultats contrastés. Les programmes d'activité physique proposés à l'échelle de l'organisation réduisent l'absentéisme. Les auteurs signalent également que certaines interventions ont été suivies d'une dégradation des indicateurs de santé mentale ou d'absentéisme.


Ce constat coexiste avec une obligation légale qui, elle, ne dépend pas des résultats d'évaluation. L'INRS rappelle que le chef d'entreprise doit assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés, et qu'il doit pour cela privilégier les actions de prévention collective centrées sur le travail et son organisation, afin d'agir sur les causes plutôt que sur les symptômes.


Vipali a détaillé ce point sous l'angle des équipes dans son article sur la relance d'activité après une coupure sans créer de surcharge.



Ce que les données ne disent pas sur le stress au travail

Trois zones d'incertitude méritent d'être énoncées, parce qu'elles sont rarement mentionnées.

La faiblesse apparente des interventions organisationnelles ne prouve pas leur inefficacité. Les méta-analyses disponibles soulignent que ces interventions sont peu nombreuses dans la littérature et difficiles à évaluer par tirage au sort, puisqu'on ne réorganise pas une entreprise par randomisation. Une preuve rare n'est pas une preuve d'absence d'effet.


L'ampleur du lien entre job strain et maladie coronarienne fait débat. La méta-analyse de 2012 a suscité des échanges publiés dans des revues d'épidémiologie professionnelle, portant sur la taille réelle de l'effet et sur le calcul du risque attribuable dans la population. L'association est constante, son ampleur reste discutée.


Enfin, la prévalence du stress au travail en France est difficile à chiffrer avec rigueur. Plusieurs pourcentages circulent, issus de baromètres privés dont la méthodologie n'est pas toujours accessible. L'enquête Conditions de travail et risques psychosociaux menée par l'Insee et la Dares auprès de 45 500 ménages entre juillet 2024 et avril 2025 constitue la source de référence à venir sur ce point.



À retenir

  • Le stress au travail se définit par un écart entre les exigences d'une situation professionnelle et les ressources disponibles pour y répondre, et non par une caractéristique de la personne.

  • L'INRS écarte l'opposition entre bon stress et mauvais stress, et retient la distinction entre stress aigu, dont les effets cessent avec la situation, et stress chronique, dont les effets sur la santé sont toujours négatifs.

  • Les six familles de facteurs de stress identifiées par le rapport Gollac de 2011 décrivent toutes des caractéristiques de l'organisation du travail.


Faire le point sur votre santé. L'application Vipali propose un bilan couvrant douze domaines de santé, dont le stress, le sommeil et le mouvement. Découvrir l'application et les bilans.


Sources

  1. INRS, Stress au travail. Ce qu'il faut retenir, dossier Risques psychosociaux, mis à jour le 7 juin 2023. https://www.inrs.fr/risques/stress/ce-qu-il-faut-retenir.html

  2. INRS, Stress au travail. Exemples d'exposition aux risques et facteurs de stress, mis à jour le 7 juin 2023. https://www.inrs.fr/risques/stress/exposition-risques-facteurs-stress.html

  3. Gollac M., Bodier M. (dir.), Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser, rapport du collège d'expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, ministère du Travail, avril 2011.

  4. Kivimäki M., Nyberg S. T., Batty G. D. et al. (IPD-Work Consortium), Job strain as a risk factor for coronary heart disease: a collaborative meta-analysis of individual participant data, The Lancet, 2012, 380(9852), p. 1491-1497. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22981903/

  5. Bhui K. S., Dinos S., Stansfeld S. A., White P. D., A synthesis of the evidence for managing stress at work: a review of the reviews reporting on anxiety, depression, and absenteeism, Journal of Environmental and Public Health, 2012, article 515874. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22496705/

  6. Insee et Dares, Enquête Conditions de travail et risques psychosociaux (CT-RPS), collecte de juillet 2024 à avril 2025, 45 500 ménages. https://www.insee.fr/fr/information/7625812

Commentaires


bottom of page