Comment se faire des amis en arrivant dans le supérieur ?
- Neïl Aloulou

- il y a 5 jours
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Le conseil universel de rejoindre une association est celui dont l'efficacité est la moins établie. La méta-analyse de référence sur les interventions contre la solitude, publiée dans Personality and Social Psychology Review en 2011 à partir de 50 études, a comparé quatre stratégies. Dans les essais avec comparaison randomisée, celle qui obtient le plus grand effet n'est ni l'augmentation des occasions de contact, ni le soutien social, mais le travail sur les biais de perception des situations sociales. Ce résultat repose toutefois sur un très petit nombre d'essais, et ses auteurs demandaient eux-mêmes sa réplication.
Que mesure-t-on exactement quand on parle de solitude ?
La solitude désigne un ressenti, pas un nombre de personnes autour de soi. C'est la distinction fondatrice de toute la littérature sur le sujet : une personne entourée peut se sentir seule, une personne peu entourée peut ne pas l'être.
La méta-analyse publiée en 2011 par une équipe de l'université de Chicago présente la solitude comme un facteur de risque établi pour la santé physique et mentale, et recense quatre familles d'interventions destinées à la réduire : améliorer les compétences sociales, renforcer le soutien social, augmenter les occasions de contact social, et agir sur les cognitions sociales inadaptées.
Cette quatrième famille est la moins intuitive et la moins présente dans les conseils de rentrée. Elle désigne le travail sur les biais d'attention et d'interprétation par lesquels une personne perçoit son environnement social de façon plus négative qu'il ne l'est.
Rejoindre une association suffit-il à sortir de la solitude ?
Rien ne le garantit, et c'est le point que les pages de conseils omettent. L'augmentation des occasions de contact social est l'une des quatre stratégies évaluées par la méta-analyse de 2011. Ce n'est pas celle qui produit le plus grand effet dans les études les mieux contrôlées pour se faire des amis.
Les auteurs relèvent un phénomène méthodologique qui explique une part du malentendu. Les études sans groupe de comparaison, ou avec comparaison non randomisée, produisent des tailles d'effet moyennes plus élevées que les études avec comparaison randomisée. Autrement dit, plus le protocole est rigoureux, plus l'effet mesuré diminue.
Stratégie évaluée | Exemple concret | Statut dans la méta-analyse de 2011 |
Augmenter les occasions de contact | Rejoindre une association, un club sportif | Évaluée, ne ressort pas comme la plus efficace en comparaison randomisée |
Renforcer le soutien social | Parrainage, groupe de pairs, tutorat | Évaluée, même constat |
Améliorer les compétences sociales | Entraînement à la conversation, à l'écoute | Évaluée, même constat |
Agir sur les cognitions sociales inadaptées | Travail sur l'interprétation des situations sociales | Effet le plus important parmi les essais randomisés |
Ce tableau ne dit pas qu'il faut renoncer aux associations. Il dit que s'inscrire quelque part est une condition d'exposition, pas un mécanisme de sortie.
Quelle stratégie fonctionne le mieux selon les essais randomisés ?
Celle qui agit sur la façon dont les situations sociales sont interprétées. Parmi les études utilisant une comparaison randomisée, la méta-analyse de 2011 conclut que les interventions les plus efficaces sont celles qui traitent les cognitions sociales inadaptées.
Un exemple rend la chose concrète. Deux étudiants s'assoient à côté d'inconnus en amphithéâtre et personne ne leur parle. Le premier en conclut qu'il est arrivé trop tôt dans l'année pour que les groupes soient formés. Le second en conclut qu'il n'intéresse personne. Le fait est identique, l'interprétation diffère, et la seconde interprétation réduit la probabilité que l'étudiant recommence le lendemain.
Les auteurs précisent que ce résultat est cohérent avec les théories disponibles sur la formation de la solitude. Sa portée est cependant limitée par le nombre d'essais concernés, point développé plus bas.
Pourquoi la solitude s'entretient-elle d'elle-même ?
Parce qu'elle modifie la perception avant de modifier la situation. Une revue systématique publiée en 2021 rappelle le modèle proposé par Cacioppo et Hawkley en 2009 : la solitude augmente l'hypervigilance et les biais cognitifs envers la menace sociale.
Le mécanisme décrit forme une boucle. Les personnes qui se sentent seules anticipent des interactions négatives et retiennent davantage les informations sociales négatives. Elles peuvent alors adopter des comportements distants ou pessimistes, qui suscitent exactement les réactions qu'elles redoutaient, et qui confirment leurs attentes.
Cette description a une conséquence directe sur le calendrier d'une rentrée. Plus la boucle tourne longtemps, plus elle est difficile à interrompre par la seule exposition à des occasions de rencontre. C'est aussi ce qui explique pourquoi la stratégie la plus efficace en essai randomisé porte sur l'interprétation et non sur l'agenda.
Ce que les données ne disent pas sur les interventions contre la solitude
La limite principale est spectaculaire, et elle est rarement citée avec le résultat qu'elle encadre.
Le résultat sur les cognitions sociales inadaptées repose sur quatre essais randomisés seulement. Les auteurs de la méta-analyse de 2011 concluaient eux-mêmes qu'il devait être répliqué de façon indépendante avant d'être considéré comme empiriquement établi. Un travail publié depuis dans American Psychologist relève que ce résultat a été abondamment cité malgré ce socle réduit. Le mentionner sans mentionner sa fragilité serait reproduire l'erreur que cet article cherche à éviter.
La population étudiée n'est pas spécifiquement étudiante. La méta-analyse de 2011 couvre 50 études publiées entre 1980 et 2009, tous âges confondus, et une part importante de la littérature sur la solitude porte sur les personnes âgées. La transposition à une première année d'études supérieures reste une hypothèse raisonnable, pas un résultat mesuré.
Enfin, aucune de ces études ne dit combien de temps prend la formation d'une amitié, ni ce qui distingue un lien durable d'une camaraderie de circonstance. Ces questions ne sont pas résolues par la littérature consultée.
Se sentir seul quelques semaines après une arrivée dans une nouvelle ville est une situation fréquente et non pathologique. Si le sentiment s'installe et s'accompagne d'une détresse persistante, les services de santé universitaires disposent de consultations dédiées.
À retenir
La solitude désigne un écart ressenti entre les relations souhaitées et les relations vécues, indépendamment du nombre de personnes autour de soi.
Dans la méta-analyse de référence publiée en 2011 sur 50 études, les interventions les plus efficaces parmi les essais randomisés sont celles qui portent sur l'interprétation des situations sociales, et non sur l'augmentation des occasions de contact.
Ce résultat repose sur quatre essais randomisés seulement, et ses auteurs demandaient sa réplication indépendante avant de le considérer comme établi.
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Sources
Masi C. M., Chen H. Y., Hawkley L. C., Cacioppo J. T., A meta-analysis of interventions to reduce loneliness, Personality and Social Psychology Review, 2011, 15(3), p. 219-266. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20716644/
The effectiveness of psychological interventions for loneliness: a systematic review and meta-analysis, 2021. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0272735821001094
Are loneliness interventions effective for reducing loneliness?, American Psychologist. https://www.apa.org/pubs/journals/releases/amp-amp0001578.pdf




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